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Montréal moins européenne que
Toronto et Vancouver?
Juillet 2002
JEAN-FRANÇOIS AUDET
L'auteur est président de la Fédération québécoise de
naturisme (FQN).
Le 16 avril dernier, le Conseil municipal de Toronto, à la suite d’un vote
unanime, a officialisé une plage naturiste dans ses limites municipales. Il
s’agit de la deuxième plage naturiste officiellement reconnue au Canada
après celle de Wreck Beach, à Vancouver. Les autorités québécoises ont
toutefois encore de la difficulté à reconnaître et accepter la pratique
d’une nudité saine et normale dans certains endroits appropriés tels que des
plages ou des parcs. Montréal serait-elle maintenant moins européenne que
Toronto et Vancouver? Même aux États-Unis, on retrouve des plages naturistes
officiellement reconnues qui attirent des milliers de personnes et de
touristes. Pourquoi la région métropolitaine serait-elle plus prude que ses
voisines anglo-saxonnes? Pourquoi la Ville de Montréal a-t-elle toujours
refusé de louer aux naturistes ses piscines municipales, qu'elles soient
utilisées ou non durant les périodes demandées? La performance du
photographe Spencer Tunick à Montréal au printemps 2001 n’a-t-elle pas
démontré aux autorités municipales que des milliers de personnes peuvent
être nues sans aucune connotation sexuelle et dans le plus grand respect des
uns et des autres?
Rappelons que le mouvement naturiste tire ses origines de l’Europe où il est
largement développé et accepté, avec des centaines de centres et quelque
mille plages le long des rivières et sur les côtes de la mer du Nord, de
l’Atlantique et de la Méditerranée. Dans certains pays comme l’Allemagne, la
nudité est tellement naturelle qu’on retrouve un peu partout dans le pays
plusieurs piscines publiques où elle est acceptée. Mais cette tradition ne
date pas d’hier, il faut l’admettre. Au Québec, le mouvement est plus
récent, mais n’en demeure pas moins très présent, suscite un intérêt sans
cesse croissant et obtient de plus en plus de visibilité et d’acceptation
auprès de la population en général.
Oubliez les tabous et les préjugés, le naturisme vise tout simplement le
confort du corps nu face aux éléments naturels tels que l’air, l’eau et le
soleil. D’ailleurs, lorsqu’on y pense bien, quoi de plus naturel et
d’agréable que d’être nu pour se baigner ou encore pour profiter du soleil?
Ou par exemple, lors des grandes canicules, quoi de mieux que la nudité
intégrale pour permettre au corps de mieux respirer? Il est important de
signaler que les valeurs naturistes sont des valeurs humaines : respect de
soi, respect des autres, tolérance. Le naturisme permet à beaucoup de
personnes complexées par leur corps de mieux s'accepter, de s'aimer. La
nudité est naturelle et bienfaisante. Il est important de saisir que les
naturistes ne se montrent pas nus : ils vivent nus, et c’est là toute la
différence. À travers les loisirs et la nudité partagés par toutes les
générations, il est beaucoup plus facile de se convaincre de l’idée que les
hommes et les femmes sont «libres et égaux en dignité et en droits».
Une étude régulièrement citée est celle réalisée en 1999 par Market Facts
qui révélait qu'environ 6,1 millions de Canadiens ont un esprit naturiste,
soit parce qu’ils ont déjà visité des plages ou des centres naturistes, ou
encore parce qu’ils sont à l'aise à l’idée de se baigner nus en présence
d'autres personnes, incluant des personnes de sexe opposé. Soulignons qu’on
retrouve facilement plus de 5000 personnes sur la plage naturiste de
Vancouver, et Toronto s’attend à attirer autant de personnes. Parallèlement,
Montréal se dit européenne, tolérante et ouverte d’esprit…
Il est temps pour les autorités québécoises de reconnaître que le naturisme
est naturel et acceptable pour une portion importante et croissante de la
population. Au Québec, durant les belles journées d’été, on retrouve des
centaines de naturistes de tous âges dans certains endroits isolés ou encore
sur des sections de plages où l’on tolère tant bien que mal la nudité. La
section dite naturiste de la plage d’Oka en est un bon exemple et on y
retrouve plusieurs centaines de personnes. En passant, il ne s’agit pas ici
d’obliger la nudité (comme c’est le cas dans les centres naturistes), mais
bien d’accorder le droit d’être nu ou non, selon le choix de chacun. Sur une
plage dite « naturiste », gens nus et en maillot se côtoient dans le respect
et la tolérance.
Alors, pourquoi ignorer ce fait et ne pas reconnaître que plusieurs
Québécois et Québécoises considèrent comme légitime le droit d’être nu pour
profiter du soleil ou se baigner? Pourquoi refuser de reconnaître
officiellement un endroit comme la plage d’Oka comme naturiste (soulignons
toutefois que le cas de la plage d’Oka ne relève pas d’une municipalité,
mais plutôt du gouvernement provincial)? Pourquoi ne pas exploiter l’attrait
touristique des plages naturistes comme le font maintenant Toronto et
Vancouver? Autant au bureau de la Fédération québécoise de naturisme que
dans les divers bureaux d’informations touristiques, plusieurs Européens
s’informent des possibilités de pratiquer le naturisme au Québec, notamment
de la proximité de plages ou parcs où le naturisme est possible et surtout
sécuritaire pour toute la famille. Bien sûr, on leur parle des centres
naturistes, mais c’est la stupéfaction lorsqu’on leur dit qu’il est plus
facile de trouver des plages naturistes aux États-Unis qu’au Québec…
En définitive, j’encourage fortement la population à découvrir et à profiter
des centres naturistes existants (environ une douzaine au Québec, dont trois
près de la région de Montréal). C’est probablement la façon la plus agréable
de vivre le naturisme en famille, en toute sécurité et en toute
tranquillité, en plus de bénéficier de nombreuses infrastructures. Mais les
piscines et les plages ne sont pas l’exclusivité des campings, alors
pourquoi n’aurait-on pas droit à des infrastructures municipales permettant
la pratique du naturisme pour la portion croissante de la population qui le
souhaite, qu’il s’agisse de piscines, de plages ou de parcs municipaux?
N’est-ce pas légitime? On offre bien des sections fumeurs et non fumeurs
dans divers lieux publics, pourquoi ne pourrait-on pas offrir des sections
naturistes et non naturistes dans certains endroits (soulignons que,
contrairement au tabac, la nudité n’est pas malsaine et ne nuit en rien aux
autres)? Tous les naturistes seront d’accord pour dire qu’il vaut mieux une
reconnaissance officielle avec des règles bien encadrées plutôt qu’une
tolérance sans surveillance sujette à certains abus ou dérapages comme cela
peut se produire occasionnellement en certains endroits.
Tout le monde ne se sent pas attiré par le naturisme, c’est normal. Mais
plusieurs y voient là une façon légitime de vivre et de profiter de leurs
loisirs d’été. C’est une question de choix. Rappelons que seul le procureur
général du Québec a le pouvoir d’initier une poursuite en matière de nudité
et qu’aucun cas « naturiste » n’a été porté devant la cour au Québec. Les
municipalités ont le pouvoir de déclarer une plage, une piscine ou tout
autre endroit comme naturiste ou d’y tolérer officiellement la nudité. Il ne
s’agit donc que de la bonne volonté de nos élus municipaux.
Si Montréal se dit ouverte, tolérante et définitivement européenne, alors
pourquoi ne pas faire avancer un peu notre société québécoise en faisant
tomber nos préjugés et tabous sur la nudité? Le naturisme se vit sans
problème depuis plus de cent ans dans plusieurs villes d’Europe, alors
pourquoi en serions-nous incapables? Encore une fois, si les Torontois y
arrivent, pourquoi pas les Montréalais? C’est évident que dans les premiers
temps, une nouvelle piscine ou plage acceptant les naturistes créera bien
des remous, mais cela deviendra rapidement anodin et les gens n’y verront là
plus rien d’exceptionnel. Tentons au moins l’expérience.
Pour toute question ou
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